CAROLINE DIAMENT "Je manque d'audace"
Voix grave, ton posé, port sévère, Caroline Diament joue de son autorité naturelle pour incarner une reine des hyènes telle qu'on pouvait l'imaginer. Fraîchement débarquée à la télévision, la découverte de Laurent Ruquier avait fait jusque-là un brillant parcours dans l'industrie du disque. Après dix ans passés chez Virgin, elle avait continué comme secrétaire du directeur général d'Epic, label de Sony, et en était devenue, huit ans plus tard, directrice nationale adjointe, après avoir gravi tous les échelons. Forte d'une saison passée avec la bande d'« On a tout essayé », cette ex-businesswoman ne jure plus que par le petit écran. Nullement nostalgique de son premier métier, qu'elle a pourtant adoré, elle a le sentiment de vivre les débuts d'une nouvelle et très belle aventure.
Qu'est-ce qui vous a séduite quand on vous a soumis le concept des « Hyènes »?
Tout m'a bien plu, l'humour décalé, une certaine élégance chez tous ces gens habillés en noir et blanc, et le mélange entre le ton humoristique et les sujets sérieux.
Vous restez en plateau, c'est un peu frustrant... N'aimeriez-vous pas le quitter, ne serait-ce que pour voir de plus près les Clooney et DiCaprio?
La seule hyène qui pourrait attiser ma jalousie, c'est effectivement Victoria, l'Italienne, mais, sincèrement, je ne me sens pas capable de faire ce qu'elle ose. Je préfère regarder et savourer ses exploits que me rendre ridicule sur le terrain. D'une façon générale, cela ne me frustre pas du tout. Cela correspond tout à fait à ma personnalité.
Vous n'auriez pas assez de culot?
Très franchement, non. Je pense qu'il faut en avoir énormément, c'est la raison pour laquelle beaucoup sont comédiens. Improviser ne me ferait pas peur, mais la dose nécessaire d'audace me ferait défaut.
Qui auriez-vous aimé piéger?
Me montrer séductrice dans des interviews en tête à tête et obtenir des bisous des plus beaux comédiens français ne m'aurait pas dérangée.
C'est ce dont a été gratifiée la hyène qui a mis en boîte George Clooney en pleine conférence de presse. Vous n'êtes pas jalouse?
Il ne faut jamais jalouser les gens si vous n'êtes pas capable de faire ce qu'ils font. Je ne m'impose pas de challenge qui soit hors de ma portée. Maintenant, si je le croise, j'irai peut-être lui dire qu'il a rencontré l'une de mes hyènes italiennes et qu'il peut, s'il le veut, réitérer son exploit.
Est-il pour vous l'archétype de la séduction masculine ou lui préférez-vous Leonardo DiCaprio ou Tom Hanks, pour parler des stars qu'on peut voir dans l'émission?
Clooney, je prends; DiCaprio, je prends, et Tom Hanks, je le laisse au cinéma. (Rires.)
Deux sur trois, vous êtes gourmande...
Vous savez, avec les dents acérées qu'ont les hyènes...
Ça doit être assez amusant de troubler des hommes politiques et des vedettes... Vous ne vous êtes jamais prêtée à cet exercice?
Non. Ce qui est intéressant, selon moi, c'est de faire tomber le masque à des personnes qui mettent beaucoup de soin à maîtriser leur discours et leur image. Et cela en utilisant des moyens assez simples : toucher une épaule, un sourcil, éclater de rire en pleine interview... Ce n'est ni violent ni agressif et cela permet parfois de déstabiliser des gens qui pourtant ont l'habitude de la communication. Et d'ailleurs, les réactions ne sont pas non plus agressives. Il y en a toujours quelques-uns qui se comportent d'une manière un peu désagréable, mais c'est justement ça qu'on a envie de montrer. C'est à ce moment-là qu'on perce un peu l'armure dont se parent ceux qui sont dans la lumière.
Bien qu'ils subissent l'assaut des hyènes, certains se sentent en faute. Je pense à ce chanteur qui s'excusait à chaque fois que l'intervieweur le touchait.
Il s'agissait d'un petit nouveau issu de la télé-réalité. Par manque d'habitude, il a l'impression qu'il ne remplit pas sa mission de bon interviewé, et donc il s'excuse à chaque fois qu'on le touche. Je pense que c'est un défaut de jeunesse. Dès qu'ils ont un peu plus d'expérience, ils arrêtent de demander pardon.
Votre côté sévère est-il pure composition ou vous a-t-on choisie à cause de lui?
Je crois qu'ils voulaient quelqu'un qui dégage une certaine autorité naturelle. C'est vrai qu'avoir une voix très grave, une manière de parler un peu posée et porter des lunettes vous donne d'emblée un air plus sérieux. Je n'aurais pas du tout été à l'aise si j'avais dû jouer un rôle éloigné de ma personnalité.
Dans la vie privée, cela ne fait-il pas peur aux hommes?
A l'heure actuelle, quand une femme a juste l'ombre d'un cerveau, j'ai l'impression qu'elle fait déjà un peu peur. On a tous des clichés en tête, les femmes autant que les hommes. Je ne fais pas de sexisme là-dessus. Quand on est une femme, que l'on a un job avec des responsabilités, que l'on est une businesswoman, quelle que soit la personne que l'on est réellement, on effraie un peu.
Sur le plateau, vous êtes entourée d'hommes en costume-cravate noir et chemise blanche. Est-ce ainsi que vous les aimez ou les préférez-vous avec des tee-shirts, à la Brando?
Quand de tels habits sont portés par Brando, ça passe, mais ils ne vont pas à tout le monde... En revanche, le costume, oui. Je trouve qu'il n'y a pas d'homme ridicule en costume.
Y a-t-il une interview croisée dont vous rêvez?
Oui, Woody Allen et Mia Farrow.
Avant d'arriver à la télévision, vous étiez directrice générale adjointe du label Epic, chez Sony. Pourquoi êtes-vous partie?
Avant Sony, j'avais passé dix ans chez Virgin. J'avais l'intention de quitter l'univers du disque, mais je trouve que lorsqu'on fait sa carrière dans une seule boîte, on n'a pas une vision totale d'un métier. En arrivant chez Sony, je savais que je ne referais pas un parcours aussi long. J'ai quitté le disque parce que, tout à coup, cela ne correspondait plus à mon âge ni à mon style de vie. Je commençais à perdre un peu de fraîcheur. J'ai adoré passer de nombreuses soirées à assister à des concerts, à dîner avec des artistes. Après la journée de travail, je trouvais ça très sympathique. Mais, à 35 ans, mariée, avec un enfant, mon existence a changé et ce rythme de vie ne m'épanouissait plus. Quand vous êtes au bureau, vous culpabilisez parce que vous n'êtes pas avec votre enfant. Et quand vous êtes avec lui, vous éprouvez le sentiment de négliger vos responsabilités professionnelles, alors que vous avez envie d'être à la hauteur. Lorsque tout n'a plus été que culpabilité, je me suis dit qu'il était temps d'arrêter et d'essayer d'aller vers autre chose.
Diriez-vous que la télé, c'est vraiment mieux?
C'est un confort énorme. Je viens de passer une année dans l'équipe de Laurent Ruquier. Quand j'étais dans l'industrie du disque, j'ai chouchouté beaucoup de gens. Maintenant, je me retrouve dans la position inverse : c'est moi qu'on tripote! On me maquille, on me coiffe, on me fait belle. Je dois aller au cinéma, au théâtre, lire des livres, écouter des disques. C'est absolument fabuleux. Ce n'est pas moi qui ai la responsabilité de l'émission. L'équipe de production stresse, court dans tous les sens, travaille douze heures par jour... Le fait d'avoir eu avant une autre vie professionnelle me permet de savourer chaque seconde de celle-ci.
Vous êtes-vous rapidement sentie acceptée par le groupe?
Tout à fait. Je ne suis absolument pas le genre de femme que les autres considèrent comme une concurrente. Or, on sait que, dans un microcosme, ce sont souvent les femmes qui ont du mal à accepter leurs cons½urs. Je suis très ronde, je pense que je ne représente pas du tout un danger et, du coup, on me trouve très vite sympathique.
Au cours de votre carrière, avez-vous souffert d'une certaine forme de sexisme?
J'ai eu des patrons qui n'étaient pas du tout influencés par le fait que je suis une femme. L'un d'eux a même fait quelque chose d'admirable, chez Virgin : il m'a appelée pour me confier une promotion supplémentaire pendant ma grossesse. Je pense qu'il n'y a pas beaucoup d'hommes qui en sont capables. J'ai trouvé que c'était une belle preuve d'ouverture d'esprit.






















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